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Formidable chaos des monts fauves du Haut Atlas, immensités vides jusqu'au vertige des ergs, des regs et des hamadas, lacs asséchés, oueds fantômes, gorges et canyons... Le Grand Sud, c'est la rencontre entre le monde vertical de la montagne et celui, horizontal, du désert. C'est le règne sans partage du minéral, le temps pétrifié sous des ciels stoïques, la brutalité nue de la Terre d'avant la vie... Pourtant, des hommes ont fait leur cet univers. De sols maigres inlassablement travaillés, de sources parcimonieuses et de puits creusés dans la pierre, ils ont fait jaillir des oasis ; de leurs mains, ils ont pétri des villes et des citadelles de glaise ; et de ces larges steppes d'herbes rêches qui parfois triomphent du désert, ils ont fait des pâturages où broutent leurs chèvres et leurs dromadaires. Quelques tentes noires plantées au creux des dunes, une caravane qui arrive du néant avant de s'y engloutir de nouveau, un petit berger assoupi à l'ombre d'un tamaris, au loin comme un mirage brouillé, la tache verte d'une palmeraie... Là est le prodige : de ces espaces désolés que les mystiques font appartenir à Dieu seul, des humbles parmi les humbles ont su faire un lieu de vie.
Un désert vivant...

Au pays des grandes solitudes
Le temps où les grandes caravanes venues du Niger ou de Tombouctou convergeaient à travers le Sahara vers les cols de l'Atlas est bien révolu. De même, les gigantesques troupeaux de dromadaires qui, il y a quelques décennies encore, transhumaient de pâturage en pâturage au fil des saisons ne sont plus qu'un souvenir. On en connaît bien les raisons : fermeture des frontières, évidente supériorité pratique du camion et du kat'quatre sur les animaux de bât, attraction des villes, de leur confort, de leurs écoles et de leurs hôpitaux... Paradoxe : même si toute vie ne l'a pas abandonné, le désert semble n'avoir jamais été aussi désert que de nos jours... Combien de temps faudra-t-il encore pour que disparaissent les dernières khaïmas en poil de chèvre, pour que les derniers nomades abandonnent sur le seuil de maisons en dur leurs semelles de vent? Le novice des pistes ne cesse pourtant de s'en étonner : la nuit, au bivouac, alors qu'il commence à se croire le dernier être vivant sur la terre, il voit parfois surgir de la nuit des hommes silencieux qui le saluent d'un mouvement et d'un sourire, s'accroupissent en cercle autour du feu, bavardent un moment à voix basse, puis se lèvent et disparaissent comme happés par le vide. Ainsi est le pays des grandes solitudes, encore hanté par les spectres de ses derniers habitants... Une civilisation est en passe de disparaître sans bruit sous nos yeux. Elle ne laissera sans doute nulle trace dans le sable. A nous de la garder précieusement dans nos mémoires...


 

 

 

 

 

 

 

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